Premier bébé né grâce à une greffe d’utérus

En 2013, Mats Brannstrom et ses collaborateurs, de l’hôpital de Gothenburg en Suède,  se sont lancés dans une aventure incroyable.

La naissance de ce premier bébé grâce à une greffe utérine en septembre 2014 est le fruit d’un travail collaboratif international, avec une équipe multidisciplinaire de chirurgiens, de cliniciens et scientifiques (Suède, Angleterre, Espagne, Australie), ayant obtenu un avis favorable de la part des comités d’éthiques de l’université de Gothenburg.

Cette naissance  fait suite à de nombreuses années de recherche fondamentale en laboratoire et  sur différentes espèces animales.

Avant la greffe, les femmes participant à la recherche ont eu une stimulation ovarienne classique. Les ovocytes ont été mis en FIV (Fécondation In Vitro)-ISCI avec les spermatozoides de leurs partenaires. Les embryons obtenus ont  été congelés.

Dans le cadre de cette recherche, neuf femmes nées avec une absence congénitale de vagin et d’utérus (aplasie utéro-vaginale ou syndrome de Rokitansky) ont reçu une greffe utérine de donneuses vivantes, membres de la famille ou proches.

Deux des 9 femmes n’ont pas pu garder l’utérus greffé, en raison d’une thrombose dans une artère utérine pour l’une  (caillot empêchant la circulation sanguine), et infection intra utérine pour l’autre, obligeant à retirer en urgence le greffon.

Les 7 autres femmes ont gardé l’utérus greffé. Deux à trois mois après la greffe, les femmes ont été réglées régulièrement.

La première femme ayant bénéficié d’une greffe utérine suivie de la naissance d’un enfant vivant est une femme de 35 ans, atteinte d’une aplasie utéro-vaginale (syndrome de Rokitansky), associée à une agénésie rénale. Dans le cadre de la prise en charge du syndrome, la cavité vaginale fut recrée à l’aide de dilatations instrumentales.

L’utérus greffé est issu d’une donneuse vivante. Il s’agit d’un membre proche de la famille. C’est une femme de 61 ans, ménopausée. Elle a eu deux enfants, nés par voie basse lorsqu’elle avait 26 et 29 ans. Afin de garantir au maximum la bonne fonctionnalité de l’utérus, la donneuse a reçu un traitement par oestroprogestatif  3 mois avant le transfert du greffon à la receveuse. Ce traitement a permis d’induire des saignements issus de l’utérus, comme attendu.

Les chirurgies qui consistent à prélever l’utérus chez la donneuse et greffer l’utérus chez la receveuse sont des étapes cruciales et extrêmement délicates puisque l’utérus est un organe richement vascularisé,.  La durée des interventions montrent à quel point il s’agit d’une chirurgie lourde : 10h7 min pour la donneuse et 4h55 pour la receveuse. La durée d’hospitalisation fut de 6 jours pour la donneuse et la receveuse.

La femme greffée est sous immunosuppresseurs (traitement anti-rejet) avant l’intervention et pour toute la durée où elle conservera l’utérus greffé. le protocole prévoit que la receveuse pourra conserver l’utérus greffé jusqu’à l’obtention de deux grossesses menées à terme, en dehors de toute complication obligeant le retrait du greffon.

La receveuse a été réglée 43 jours après la greffe et a continué à être réglée régulièrement . Deux épisodes de rejet modérés apparurent, l’un 9 jours après la transplantation, l’autre à 6 mois et 24 jours après la greffe. Un troisième rejet sans manifestation clinique fut diagnostiqué 2 mois et 28 jours après la greffe au cours d’une biopsie cervicale. Ces rejets furent traités avec succès par traitements immunosuppresseurs tels que des corticoïdes.

Une biopsie réalisée 8 mois et 12 jours après la greffe mis en évidence la présence du papilloma virus de type 31. Une miniconisation  fut réalisée deux semaines plus tard.  Il n’y eut pas de nouvelles dysplasies du col de l’utérus mise en évidence après cet épisode.

Un an après la transplantation, la femme greffée a  pu bénéficier d’un transfert d’embryon unique (SET). La grossesse fut confirmée trois semaines après le transfert. Le suivi médical fut assuré toutes les deux semaines par une équipe multidisciplinaire expert dans la prise en charge des femmes transplantées, à haut risque obstétrical. Le suivi nécessita des examens cliniques, biologiques et techniques multiples : examen clinique du col de l’utérus, surveillances locales du col de l’utérus par examens bactériologiques et biopsies, prélèvements sanguins, échographies de l’utérus et du fœtus, etc.…

La grossesse s’est déroulée normalement de la 8ème à la 31ème semaines de gestation. Les échographies du fœtus pendant la grossesse ont montré une croissance normale.

A noter que la patiente continua son activité professionnelle à plein temps jusqu’à la veille de l’accouchement. La jeune femme a été admise à l’hôpital de Gothenburg à 31 semaines et 5 jours de grossesse avec des signes de pré éclampsie. 16 h après l’admission à l’hôpital, une césarienne fut réalisée.  Le nouveau né est un garçon en bonne santé, pesant 1775 g et mesurant 40 cm.

La maman a pu rejoindre son domicile 3 jours après la naissance, avec un suivi médical à la maison. Le bébé fut hospitalisé 16 jours en unité de néonatalogie. Il pesait 2040g après 21 jours de vie.

Nous attendons désormais des nouvelles des 7 autres femmes greffées .

Ce résumé en français a été rédigé par l’équipe du Centre de Référence des Pathologies Gynécologiques Rares,  à partir des travaux réalisés par l’équipe du Pr Mats Brännström et parus dans  la revue scientifique  Lancet

Lancet. 2014 Oct 6.  S0140-6736(14)61728-1

Livebirth after uterus transplantation

Mats Brännström, Liza Johannesson, Hans Bokström, Niclas Kvarnström, Johan Mölne, Pernilla Dahm-Kähler, Anders Enskog, Milan Milenkovic ,

Jana Ekberg, Cesar Diaz-Garcia, Markus Gäbel, Ash Hanafy, Henrik Hagberg, Michael Olausson, Lars Nilsson.